La page du cochon !
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Ponta Delgada (Açores) - Lagos (Sud Portugal).

Avant le départ, nous avons été faire nos dernières courses au marché, puis nous sommes allés mendier des cartes (dont nous avons pu obtenir une photocopie) de Lagos et de Portimao à la capitainerie, et enfin nous sommes passés prendre la météo à la marina. Là, nous avons pu voir que nous devrions (théoriquement) avoir du portant au début (près des îles), puis du près, puis enfin du travers. Pour la suite, on verra bien.

Nous sommes donc partis le 23 mai, vers 16h30, direction Lagos !

Nous sortons donc du port, pour arriver dans une zone où nous avons 20 noeuds de vent, au près. Pour le fun, nous grattons un malheureux Allemand, que nous dépassons sans effort ! Nous faisons des pointes à 10 noeuds. Impressionnant, ce bateau ! La mer est plate et le soleil brille ! Mais notre joie est de courte durée: bientôt, c'est la panne de vent. L'Allemand en profite pour nous redépasser. Alors que nous le suivons, je téléphone une dernière fois à Barbara, tant que nous sommes dans la zone de couverture du réseau GSM des Açores. Alors que je suis au téléphone, je les vois s'agiter et indiquer un point sur l'eau. J'interromps ma communication avec Barbara et nous nous dirigeons vers eux... Nous traversons une espèce de petite nappe de pétrole ou d'huile, dans laquelle se débat une tortue. Alors que nous passons près d'elle, elle semble avoir de graves problèmes de stabilité: elle roule d'un bord sur l'autre, agitant parfois ses pattes hors de l'eau ! Un peu plus loin,  un espèce d'anguille flotte, la tête hors de l'eau. Nous essayons de nous lancer dans une mission 'Sauvons les tortues'. Nous voulons l'attraper pour essayer de la nettoyer un peu. Marche avant - marche arrière... cette sale bête ne veut pas se laisser attraper. Finalement, elle plonge ! Tant pis ! Je rappelle Barbara pour lui faire part de ces derniers rebondissements.

Un peu plus loin, le vent revient. Nous voilà au près, bâbord amures. Nous nous éloignons gentiment de l'île qui, le soir, disparaît au loin. La mer est calme. Durant la nuit, nous nous relayons de temps en temps. Il y a toujours quelqu'un sur le pont. Les jours qui suivent sont relativement monotones: les deux premiers jours, je suis un peu nauséeux et je dors beaucoup (énormément, même)... Ensuite, cela va beaucoup mieux. Nous restons toujours au près, et tirons d'énormes bord. Parfois, la nuit, le vent tombe et nous mettons un peu de moteur.

Parfois aussi, quelques dauphins viennent nous accompagner quelques instant. Plus rarement, nous apercevons le souffle d'une baleine. Nous essayons d'aller dans leur direction, mais elles nous ignorent superbement ! Nous, par contre, nous nous crevons les yeux pour essayer de les voir ! Parfois aussi, une tortue croise notre route, pour quelques secondes. Certaines d'entre elles ont une espèce de crête osseuse sur le dos. Il est étonnant de remarquer qu'on peut les observer très loin des côtes. Parfois à plusieurs journées de navigation de la terre la plus proche. Etonnantes bestioles !

La vitesse du bateau oscille entre 1 et 6 noeuds, en fonction du vent et de l'état de la mer (généralement calme). Le bateau nous secoue beaucoup et tape régulièrement et bruyamment dans l'eau ! De plus, certains instruments indiquent des valeurs erronées, ce qui n'aide pas ! En tout cas, le vent reste majoritairement de face, ce qui est moyennement agréable, il faut le dire !

Le 26 au matin, la mer est calme et le ciel est nuageux. Nous avons démarré le moteur. Au loin, nous voyons un souffle ! Nous nous rapprochons. Ensuite, pendant une quinzaine de minutes, nous naviguons au ralenti, entouré de 3 ou 4 baleine de Minck (Baleanoptera Acutorostrata) !!! C'est la magie du bruit du souffle, des apparitions ici et là, des dos furtifs, des nageoires timides et des queues discrètes... Impressionnant en tout cas ! Nous passons une bonne partie de la nuit et de la journée au moteur. Le vent tombe complètement... Un peu plus tard, une hirondelle vient nous rendre visite ! Une vraie hirondelle, pas un océanite ! Je me demande ce qu'elle fait si loin des côtes...

12h10: Herbert monte à bord. Comprendre: "la ligne tribord mord" ! Philippe remonte un Germon, sorte de thon bien appétissant. Michael le baptise 'Herbert', tout en restant à une distance de sécurité de cette bestiole qui se débat. Pour mettre cours à sa souffrance, Philippe le calme définitivement de deux coups de manivelle de winch bien secs sur le crâne ! Je le découpe d'abord sur la jupe (les abats et le sang qui gicle) puis dans la cuisine, où je coupe de bons steaks (un peu plus grand qu'une raquette de ping-pong de 2 cm d'épaisseur) ! Dix kilos d'un excellent poisson attendent que nous les dégustions. Dès que j'ai fini la découpe (en partie à la scie à métaux pour les gros os), Michael se met à la cuisine. Découpe fine, mise en sachet, conditionnement ! Quelques bons repas se profilent à l'horizon (c'est le moins que l'on puisse dire, on en tirera même une recette, maintenant célèbre) !!! Effectivement, quelques minutes plus tard, nous mangeons goulûment les premières tranches d'Herbert... excellent ! Nous en avons mangé (à trois) deux tranches, et il y a une dizaine en tout, grosso modo ! Les suivants en auront aussi !

Après ce plantureux repas, nous installons le gennaker (grande voile d'avant). Nous gagnons beaucoup en vitesse, mais perdons beaucoup en cap ! Finalement, après quelques essais au près serré, nous abandonnons les voiles pour remettre le moteur... Dommage, dommage ! Mais l'essai des voiles, bien qu'amusant, ne nous auras pas fait avancer d'un mile en une heure ! Super. Quel vent du diable ! Toute la journée et toute la nuit seront passés au moteur, ce qui est aussi monotone que pénible... Il nous aura fallu un peu plus de 24 heures pour retrouver du vent.

Nous marchons alors à environ 7 noeuds, ce qui n'est pas mal pour du près... Mais toujours pas l'ombre d'un portant ! Un copain de Philippe nous appelle sur le téléphone satellite du bateau... J'en profite pour lui demander d'envoyer un mail à Barbara. C'est beau la technique ! Le vent nous poussera (toujours au près, quand même) à environ 7 noeuds, avec des pointes à 9, toute la nuit. Nous aurons parcouru, en 24h00, 153 miles, soit une moyenne de 6,4 noeuds !

Le soir, Michael, en parfait cuistot, se lance dans une phase créative et invente le fameux 'Duo de Germon Sir Henri' !!! Un régal, je ne vous dis que cela ! Alors que Michael est occupé à sa grande préparation, nous repérons, au loin, trois baleines. Nous mettons le cap dans leur direction, mais nous ne les rattraperons jamais ! Même un dauphin s'approche timidement du bateau, avant de disparaître rapidement.

Un matin, nous traînons sur le pont et dans la cabine. Michael nous a préparé une succulente omelette au Herbert - tomates - fromage ! A la fin du repas, Michael se plaint d'inactivité et se demande quelle manoeuvre nous pourrions faire pour nous dépenser un peu. Là dessus, il sort et crie: 'Poisson !'. Un deuxième Germon, frère jumeau du premier, vient de mordre à la ligne tribord ! Nous décidons de l'appeler Rosaline ! Comme Herbert, nous la vidons, puis découpons et mettons en sachet ! On s'en sort déjà beaucoup mieux que la première fois ! L'expérience paie ! Ce coup-ci, on la mesure (75 cm) et on la pèse (environ 8 kg !) Je suis content qu'on en ait pêché un deuxième ! De cette manière, le groupe de Barbara - Boolnet - France et André en auront à coup sûr ! Et j'espère aussi qu'on pèchera quelque chose quand ils seront là ! Cela mettra de l'ambiance !

Alors que nous sommes en train de dépecer Rosaline, Stéphane nous appelle sur le téléphone satellite, demandant si on peut livrer le bateau la semaine prochaine à Antibes ! Impossible ! Nous retombons dans une zone de repos, surtout que Stef nous a annoncé une zone de calme devant (et autour de !) nous. Pour l'instant, nous naviguons toujours bien, 16 noeuds de vent pour une vitesse au près de 7 noeuds sur le fond. Stef me confirme aussi qu'il a envoyé le mail à Barbara !

Les miles succèdent aux miles, monotones. Le vent aura été très majoritairement de face, et nous aurons louvoyé un peu. Seuls quelques cétacés viennent de temps en temps égayer le voyage... Finalement, nous aurons mis 7 jours, au lieu des 4 prévus... Signe que nous avons mal estimé la durée (et donc les performances du bateau) d'une part et que, d'autre part, la météo ne nous a pas été très favorable !

Les dernières 30 heures se passent au moteur. Durant la dernière nuit, nous voyons, juste avant l'extinction des feux, un orage magnétique. De grands flashes parcourent le ciel... Dans une nuit noire, tout d'un coup, un quart du ciel devient blanc. Philippe prend le premier quart pendant que Michael et moi nous couchons. Un peu plus tard, j'entends Philippe m'appeler ! Le ton de sa voix indique clairement qu'il y a un petit stress ! Je monte en catastrophe, sans même prendre le temps de m'habiller ! En fait, nous sommes en plein dans l'orage magnétique ! Le ciel est strié de zébrures... Nous décidons de couper tous les appareils électriques et de retirer les fusibles ! Un peu plus tard, Philippe crie qu'il ne peut plus tenir le bateau. L'orage magnétique est maintenant parti, mais il y a près de 40 noeuds de vent. Les moteurs ne suffisent pas à conserver une vitesse suffisante pour continuer au cap prévu. Nous nous mettons un peu en fuite, direction le sud. De temps en temps, nous essayons de récupérer quelques degrés au cap. Je reste avec Philippe sur le pont, contemplant les gros nuages noirs qui sont devant nous. A un moment, un vent chaud nous pousse ! On sent presque l'odeur du désert. Effectivement, le lendemain, le pont est couvert d'une fine couche de sable... Après cet épisode mouvementé, la nuit se termine plus calmement. Plus tard, je récupérerai une carte météo de l'affaire... Intéressant de voir les fronts froids et chauds se succéder d'aussi près !

Le matin, sous un ciel gris, les cargos apparaissent en masse, nous sommes près du 'rail', passage à double sens dans lequel ils doivent rester. Un peu plus tard, nous avons un contact GSM. Les messages et les coups de téléphone commencent ! Nous reprenons contact avec la civilisation ! Nous organisons notre rencontre avec André, Barbara, France et Boolnet, qui n'avaient plus de nouvelles depuis 7 jours ! Ensuite, le cap Saint Vincent apparaît ! Terre ! La première partie du voyage touche (enfin) à sa fin, après de longues heures de moteur !

Nous atteignons Lagos le 30 mai 2003 vers 16h00, accompagnés de nombreux fous de bassan (Sula Bassana) sous un soleil de plomb !