Jeudi 25 mars 1999.
On n'a pas dormi de la nuit... l'attente à l'aéroport était vraiment
pénible et on a discutaillé comme des marchands de tapis... Résultat des
courses, je lutte pour rester éveillé et profiter du paysage (extraordinaire)
vu depuis l'avion...
Quelques îles coralliennes et splendides sur la droite, le mont Puncak Jaya
(le sommet de l'Irian, le seul endroit où on peut trouver des neiges
éternelles dans le secteur) à gauche ... on est servi...
Finalement, après quelques tours autour du lac Sentani, on se pose !!! Enfin
Jayapura !!! Après 3 jours de voyage ! Il fait très chaud et humide !
On sort de l'avion... mes premiers pas et mes premières bouffées d'air irianais... Je suis toujours sensible à ce que je respire... Les premières
bouffées... c'est là que tout se passe !
On rentre dans le bâtiment de l'aéroport... Mes premiers papous... Noirs,
nez épaté, cheveux crépus, petits, trapus, musclés... spectaculaires et
souriants (voir la note concernant le physique des Papous)!
Un type nous accoste et veut, pour changer, nous vendre ses services en temps
que guide... On commence à connaître la chanson... On le suit, il baragouine
un peu l'Anglais... Il nous montre 3 hôtels aux alentours de l'aéroport...
Finalement, c'est le premier visité (à 200m à droite dans la première rue à
gauche en sortant de l'aéroport), qui est élu !
Il est 8h00... Une petite douche (bien méritée) et nous repartons à la
recherche du fameux "surhat jalan" (lettre marcher), qui doit pouvoir
nous permettre de nous balader en Irian sans encourir l'ire policière... On
trouve rapidement un poste de police... on demande... OK, c'est 10.000 RPS. De
toute façon on n'a pas le choix. Il faut des photocopies et des photos et des
papiers et...
Les flics sont vraiment les mêmes pénibles partout !
N'empêche qu'on y arrive sans mal... Quel exploit... Ensuite, Jayapura c'est
bien, mais ce n'est pas là que je pense passer 6 mois. On se renseigne pour
aller à Ewer (pays Asmat)... pas avant 2 semaines... Et pour Merauke... 3
fois par semaine... super ! 600.000 RPS. De toute façon on n'a pas le choix...
donc, autant foncer !
Bien bien bien... on progresse.
Maintenant, il nous faut une carte d'Irian... même approximative, ce sera
mieux que rien ! Pour cela, il faut aller à Jayapura même. En fait,
l'aéroport est au bord d'un grand lac, le lac Sentani, a environ 50 km de
Jayapura...
Pas de problème, on va prendre le bus... Seulement, il faut en fait
prendre... 3 bus pour aller de Sentani à Jayapura... Dur dur... Comme nous
sommes tout les deux bien fatigués, on s'endors régulièrement dans le bus,
qui est heureusement bourré comme un oeuf... Ce qui nous empêche de tomber de
fatigue ! Heureusement que nous sommes dans les bus... La pluie s'est mise à
tomber... Le ciel est gris morne, des torrents de boue dévalent des montagnes
bordant la route.
On nous a recommandé une agence de voyage tenue, comme toute l'économie,
par un Indonésien. On trouve l'agence, le type... et la carte... mais elle est
chez lui et de toute façon, il ne veut pas la vendre, ni la photocopier... cela
commence bien ! Ce qu'il veut bien, c'est nous faire une photocopie payante
d'une vieille carte complètement inintéressante... Qu'il la garde sa carte !
On le scie, on demande (la bonne), on chipote. Il part méditer dans son bureau
pendant qu'on discute avec deux de ses employés, un Papou et un Indonésien. Le
Papou nous dit tout de suite que lui, il nous aurait donné la carte (et il
l'aurait fait, j'en ai eu plusieurs fois la preuve plus tard). Ces Papous ont
vraiment le coeur sur la main, je pourrai le vérifier des dizaines de fois par
la suite ! Le patron revient pour confirmer qu'il n'a pas l'intention de nous
faire de cadeaux... On invite les deux employés à boire un café, histoire de faire un peu
connaissance et de sortir de chez ce rat d'Indonésien !
Il pleut toujours dehors... on va dans un café avec nos deux comiques: on
discute de choses et d'autres, mais quand la conversation tourne vers les
rapports Papous - Indonésien, les sons de cloche de droite et de gauche sont
diamétralement opposés, c'est la moins que l'on puisse dire. L'un
(l'Indonésien) accuse les Papous de tuer les Indonésiens et l'autre (le Papou,
dont nous apprenons qu'il s'appelle Romy, qui nous aidera souvent et beaucoup
par la suite)
accuse les Indonésiens de massacrer son peuple. Deux mondes, deux cultures,
deux couleurs, deux concepts s'opposent !!!
L'Indonésien est sûr de lui et présente l'assurance et l'arrogance de
l'envahisseur. Le Papou est doux, timide et réservé... Il parle doucement,
craintivement, il a peur qu'on l'entende critiquer le régime. C'est un sujet
qui le gêne. Après deux cafés, on sait déjà un peu plus à quoi s'en tenir.
C'est vraiment comique de voir (et d'entendre) ces deux discutions parallèles !
Entre eux, on n'aborde pas le sujet.
Ensuite, on quitte le café pour aller chercher un essuie pour Astrid ! Une
fois acheté, nous décidons de rentrer à Sentani... C'est reparti pour les
trois bus ! La pluie tombe toujours, avec des éclaircies par-ci par-là. On
arrive à l'hôtel... l'eau est coupée... plus de douche possible...
heureusement, il nous reste une grande poubelle pleine d'eau. Nous l'utilisons
pour nous laver avant d'aller nous coucher !
Demain, un autre jour de voyage, nous volons avec Merpati (deuxième
compagnie aérienne du pays) pour aller à Merauke.
Enfin dodo !