La page du cochon !
Retour à la casbah ! Remonter

 

 

Bermudes - Açores: la partie la plus importante !

Mercredi 12 juin 2002. C'est parti mon kiki ! Je quitte le port de St George, et vogue la galère ! Puisse Eole être clément avec moi ! En ligne droite, il y a 1750 Miles à parcourir jusqu'à Horta, le premier 'grand' port... Mais je vais devoir aller vers le Nord, peut-être jusqu'aux quarantièmes, pour avoir un peu de vent... C'est du moins l'avis unanime des navigateurs de passage ici, avec qui j'ai pu discuter un peu !

Je me lève tôt, j'ai mal dormi ! Cela commence bien.  Mais au moins, le vent est au Sud-Ouest ! Je prends une petite douche sur le pont, cela rafraîchit toujours ! Ensuite, une mission éclair à terre pour prendre (prélever) un plein d'eau dans les bidons, puis retour sur le bateau. Encore du rangement. Le départ est imminent !

Visite d'au revoir à Gaël et Valérie, puis aux deux nains de jardin noirs qui veillent sur la baie. Ensuite, toute dernière mission: faire de l'eau. J'embarque au vol (je passe avec le bateau à côté du leur (ou de ce qu'il en reste), sans m'arrêter) Gaël pour m'aider à , puis je le débarque de la même manière... acrobatique ! Encore mille mercis à eux deux pour leur aide, leur gentillesse et ... leurs talents culinaires... Des gens précieux !

Je suis en mer, hisse les voiles (qu'est ce qu'elle est dure la Grand Voile !). Dernier coup de téléphone à Barbara, j'éteins mon GSM. C'est parti pour une vingtaine de jours de mer ! Je règle bien les voiles... Quelle sensation de liberté ! Impressionnant et fort.

Deuxième nuit. Alors que je dors gentiment, je suis réveillé par un vent violent... Je me précipite sur le pont. Un grain violent souffle. 38 noeuds de vent... Alors que je suis en train de rouler le génois, le bateau empanne ! Je suis jeté dans le cockpit, comme un sac à patates ! Quelle pêche ! Il me faut cinq secondes pour reprendre mes esprits... ma lampe frontale a été arrachée, heureusement, elle est retombée dans le cockpit. Trente seconde plus tard, deuxième pêche, je suis de nouveau les quatre fers en l'air ! J'ai compris, je vais pas me laisser faire, cap au sud ! Je prends un ris en catastrophe, toujours dans le grain puis, je file ! La pluie est froide, mais le vent se calme petit à petit ...

Le lendemain, je vais voir un peu le mât, histoire d'être sûr qu'il n'a pas été endommagé durant les exercices de la nuit... Je constate que le vit de mulet est fêlé. Je l'embobine du mieux que je peux avec un petit bout, bien serré, histoire de le soutenir. A partir de maintenant, l'empannage est absolument interdit ! Il y a comme une petit odeur de souffre dans l'air !

Dimanche 16. Très mauvaise nouvelle: alors que je veux démarrer le moteur pour recharger un peu les batteries, j'entends... rien ! Le moteur ne démarre plus. Après une longue analyse (je ne suis pas vraiment un expert en électricité) et de nombreux tâtonnements, j'arrive à la conclusion qu'il y a un court-circuit sur la batterie du moteur ! Super. J'essaie de la remplacer, en vain. Je ne vois pas comment m'en sortir. Dans le meilleur des cas, je devrai demander un remorquage une fois arrivé aux Açores !

Problème: je ne suis même pas au premier tiers (il y a 1800 miles) du trajet et je suis toujours à 1254 miles du but... En plus, j'ai l'impression que les panneaux solaires ne chargent plus... Je ne vois pas trop comment je pourrais me sortir de ce pétrin. Enclencherais-je déjà la balise ? C'est peut-être un peu tôt... J'ai toujours de l'eau et de la bouffe et, ô miracle, les panneaux chargent quand même un peu.... Mal, mais ils chargent. J'ai donc toujours droit à l'aide indispensable du pilote automatique, sans qui je ne vois pas vraiment de solution réaliste. 

Mais les panneaux solaires ont besoin de soleil. Et c'est le premier jour où j'en ai vraiment ! Je vais essayer de continuer, espérant que j'arriverai un jour quelque part. Le moral est aussi mauvais que le temps est beau ! Même la cuisinière est en panne... C'est la fin des haricots ! J'ai trois possibilités: ou bien je fais demi-tour, ou bien j'appelle à l'aide (balise ou VHF)... ou bien je continue le plus loin possible...

Nous sommes le 17, et je calcule et re-calcule mon coup: il me reste, grosso modo, 1200 miles à parcourir. En faisant 100 miles par jour, ce qui n'est pas exagéré, il me faudra encore 12 jours ! Bien que je sois parti le 12, et que je n'aie fait que 600 miles, soit 120 miles par jour. Mais, à la grande condition de pouvoir utiliser le pilote, qui barre jour et nuit, à l'inverse de moi ! En plus, le vent tombe. Je remonte vers le Nord, où je sais qu'il y a toujours du vent... Mais peut-être aussi des nuages... Si je ne fais que 50 miles par jour (sans pilote), il me faudra encore 24 jours... Et je devrai toujours demander une assistance à l'arrivée: je ne me vois pas faire les manoeuvres de port au moteur ! Il y a une grosse odeur de souffre dans l'air !!

Bref, c'est pas la joie, et je me fais des cheveux blancs (pour ceux qui restent) à longueur de journée... La seule bonne nouvelle, c'est que pour aujourd'hui, c'est bon: soleil (les deux batteries qui me restent sont bien chargées) et le vent forci au fur et à mesure que je remonte au Nord...

Le 17, cela va mieux. Je me suis levé à 4h00, j'ai vidé trois seaux d'eau, je me suis encore une fois penché sur les 'pilot charts'. Normalement, je devrais avoir du force 4, plein Est, ce que j'ai. Elles ont donc manifestement raison. Pendant la nuit, le cap du premier tiers du voyage à été franchi, ainsi que la ligne psychologique des 36 degrés Nord ! Je vire donc (j'évite l'empannage because vit de mulet mourant) et ô surprise, ma moyenne passe de 1.3 noeuds à 5 noeuds. Donc, je pense que je vais rester deux ou trois jours à cette allure, en essayant de ne pas trop descendre, afin de faire diminuer un peu le nombre de miles restant à parcourir. La théorie dit: 1200 miles à 5 noeuds égalent 12 jours... Mais ce n'est que la théorie ! Je me sens beaucoup mieux, surtout qu'il y a encore du soleil ! C'est toujours une journée de gagnée !

Le 18, jour très nuageux. Je barre beaucoup pour économiser les batteries. Les nuages vont et viennent, apparaissent et disparaissent. Dès le matin, quand le soleil n'est pas là, un T-shirt est le bienvenu. Désespoir... comment vais-je passer la nuit ? Encore une fois, pensée d'appel VHF. De toute façon, il fait trop noir, même si quelqu'un vient maintenant, il faudra attendre demain ! Nous verrons donc ! Le soir, je vois trois grosses tortues brunes (environ 50 cm de diamètre)... Si loin des côtes ! Après spaghetti sauce tomate. Puis je décide de casser le pot en verre... Deux coupures à la main droite ! Qu'est ce que cela perd comme sang, un pouce ! On l'aurait pas cru ! Réparation au sparadrap. Ensuite, virement et je repars au 50... Le cap des 50W est passé. Dodo. Lecture pendant la journée.

Le cap des 1000M est passé. La nuit, le vent tombe mollement. Je rentre le foc. Ensuite, au cours de la nuit, il tourne au nord ! Il aura fait un écart de 180 degrés ! Le matin, je suis au près, le bateau repart ! Gros avantage: plus besoin de pilote, un élastique suffit ! Je veux bien rester comme cela jusqu'aux Açores... Dauphins, filmés... Très beau. J'entends même leurs cris. Caméra à court de batteries ! Elle aussi ! Ciré, vu la température qui baisse non stop ! Presque froid ! L'élastique barre bien ! Quel bonheur ! Encore une nuit de gagnée, j'aurai fait mes 100 miles par jour !

Malheureusement, le vent vient maintenant du Nord-Est, où je dois justement aller ! Me voilà à faire du près ! L'enfer, surtout que le bateau d'Edouard remonte assez mal au vent... Je lutte toute la journée, mais comme en plus le ciel est couvert de nuages, les batteries ne sont pas rechargées ! J'essaie bâbord amures, puis tribord, puis bâbord etc... sans succès...  Toute la journée et toute la nuit, je me prends un 18-20 noeuds de face ! Moralité, je passe la nuit à la cape ! De plus, le vent du Nord amène un air froid... brrr... vivent les T-shirt et les cirés !

Le lendemain, au moins, il commence à faire beau. J'essaie sans succès d'écouter la météo ! Les nuages m'empêchent d'entendre quoi que ce soit. Fidèle à ma théorie, je décide de partir au Nord, histoire d'essayer de trouver un vent plus clément que celui que j'ai pour l'instant. Je règle les voiles pour un près serré, mais le bateau n'en veut pas. Je fais 70 degré d'écart par rapport au vent au mieux. Moins que cela, les voiles faseillent. Et bien ce sera cela, vu que je ne peux pas continuer à poireauter ici pendant 107 ans ! Au cours de la journée, le vent tourne très légèrement et le soleil fait enfin une apparition sérieuse. Les degrés sont gagnés l'un après l'autre. Pendant la nuit, enfin, je retrouve un vent à peu près correct... Le Nord était un bon choix ! Finalement, après beaucoup d'effort et de grincement de dents, le cap de la mi-parcours (900 miles) est franchi.

Encore un jour de passé. Au moins, maintenant j'ai un cap convenable, bien que maintenant il soit un peu tombé (12 noeuds)... Et il fait beau le matin... les batteries seront rechargées ce soir ! 

Les jours sans vent succèdent aux jours avec trop de vent ! Le vent passe de 8 à 35 noeuds... N'y a-t-il pas un juste milieu ? D'autre part, la température diminue. J'ai rajouté ma polaire au dessus de mon T-shirt. Je dois barrer ou trouver un système (style bloquer la barre ou utiliser un élastique) pour continuer à avancer dans la bonne direction pendant la nuit, vu que la batterie que j'utilise est totalement insuffisante... Les journées sont longues et les nuits courtes... Je ne dors que par petits morceaux: deux à trois heures d'affilée !

Parfois un bateau passe au loin. Deux fois, j'ai vu des dauphins, et deux fois des globicéphales, qui ne sont pas, mais alors pas du tout, curieux: ils passent au loin... Si on essaie d'aller vers eux, ils sondent et disparaissent dans les profondeurs bleues... Je rate plusieurs fois la météo: totalement inaudible. Une petite bruine s'installe. Suivant la direction des vagues, le bateau tape parfois dans celle-ci !

J'ai bien avancé pendant deux jours, le voyage arrive à son terme. Malheureusement, alors qu'il me restait (théoriquement) 24 heures avant d'arriver à Horta, le vent tourne, je l'ai de nouveau de face ! Donc, je dois louvoyer ! Cette bêtise me coûtera au moins un jour ! Merci Eole ! Décidément, on ne peut pas te faire confiance.

Les batteries de mon PC arrivent au bout de leurs capacités, et pas moyen de les recharger. Les journées sont horriblement longues ! Florès est en vue (dans l'axe du vent, bien sûr), et j'essaie de téléphoner, sans succès... Je suis encore trop loin. Il me faudra réessayer plus tard. Hier soir, dauphins... C'est toujours agréable !

Les océanites m'ont lâché. Les puffins sont de nouveau là.

Derniers jours: le vent tombe, puis tourne ! Je l'ai maintenant en plein dans l'axe, c'est super ! Florès apparaît, j'essaie en vain de téléphoner. Je continue, louvoyant contre le vent. Chaque mile gagné est une victoire ! J'aurai parcouru seulement 57 miles un jour... Et cela tout près de l'arrivée, alors que j'étais déjà mentalement en train de me réjouir de reparler à Barbara et de revoir Edouard, de pouvoir arranger le bateau etc...  Tout est remis d'un ou deux jours... Grrr... Faut être patient. 

Beaucoup de dauphins dans cette région.

Durant la nuit et la journée, le vent tombe, faiblit, reprend un peu... Je n'avance pas, c'est râlant ! J'aurai fait moins de 5 miles en plus de 12 heures...

Je suis un piètre pêcheur: durant toute la traversée, j'aurai mis quasiment tout les jours la ligne à l'eau, et tout ce que j'aurai réussi à remonter est... un vieux morceau de plastique... pas terrible !

Finalement, je suis assez près de Faial pour téléphoner ! J'appelle Barbara, puis Edouard... pour apprendre que je dois repartir aussi sec pour Terceira, une autre île un peu plus loin. Je met immédiatement le cap dessus. Edouard doit y arriver demain, j'espère être là avant lui, mais ce n'est pas sûr, vu le vent. Il me communique même la météo, normalement, tout roule, cela devrait aller...

Je serai finalement arrivé sans encombres aux Açores, après avoir fait la transat. J'ai souvent pensé à Gaël et Valérie, me disant qu'ils auraient dû aussi passer par les Açores, si leur mât ne les avait pas lâché... 

Je commence donc à m'éloigner de Faial. Le vent se lève petit à petit... Finalement il souffle bien, de l'Ouest. Je suis donc de nouveau au portant ! Super, je vais vite... Petit à petit, la nuit tombe, je me lève toutes les heures, histoire de ne pas me prendre une île ou un bateau de pêcheur !! Tout d'un coup, vers deux heures du matin, le vent retombe. A 9 heures, il n'a toujours pas repris, et j'en ai un peu marre... Je ne vais pas attendre encore trois jours en mer que le vent veuille bien me repousser dans un sens ou dans l'autre... Discussions téléphoniques avec Barbara et Edouard... Je vais appeler à la VHF pour un remorquage !

J'appelle et je parviens, ô miracle, à contacter une base à terre. Je demande les informations pour le remorquage: ce sera 168.68 Euros ! Rien que cela ! Il y en a quand qui ne s'ennuie pas ! Je commence à discuter le prix...