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Cap sur les Bermudes.J'ai calculé qu'il me faudrait, à une vitesse moyenne de 6 noeuds, environ 5 jours et demi pour arriver aux Bermudes. Nous verrons bien ! En tous cas, le GPS m'indique qu'il y a environ 850 miles nautiques (environ 1500 kilomètres) à parcourir... Je finis de ranger le bateau (en particulier, remonter l'annexe à bord n'est pas chose facile, surtout quand on est tout seul, n'est-ce pas Igor ?) et me voilà prêt pour un nouveau départ. Je téléphone à Barbara, vu que nous allons être environ 6 jours sans contact. Il faut maintenant remonter l'ancre. Pour cela, un guindeau, sorte de moteur électrique, peut être employé. Malheureusement, mes nombreux efforts sont totalement infructueux, et ce guindeau de malheur ne veut rien savoir ! Mais qu'allais-je faire dans cette galère ??? Finalement, plutôt que de m'acharner sur cette stupide ferraille, je préfère remonter l'ancre à la main ! Plus sportif, mais au moins, cela fonctionne ! Et au moins, cela me permet de démarrer ! Pour le guindeau, je m'y ré-attaquerai plus tard. Me voila donc parti. Il faut maintenant hisser la grand voile, autre opération sportive ! Je pousse, je souffle, je peste, je râle, je sue... mais j'y arrive ! Quelle misère quand même ! Je pense qu'il y a encore quelques détails à réviser sur le bateau ;-) ! Finalement, me voilà parti, grand voile avec un ris et génois. Je passe la point nord de Saint Martin, pour me lancer dans le chenal séparant Saint Martin d'Anguilla. Je double ensuite la pointe sud d'Anguilla, pour apercevoir, dans le lointain (loin devant moi), deux bateaux qui prennent plus ou moins la même direction que moi, à savoir le Nord. Je décide de pêcher (ou du moins d'essayer) un peu. J'utilise les appâts neufs que JB m'a fourni, avec la ligne d'Edouard, qui est enroulée sur le moulinet de sa canne à pêche. Les appâts de JB ne doivent pas être mauvais, car assez rapidement, un oiseau s'y intéresse. A grand renforts de cris et de gesticulations, je parviens à lui faire comprendre que ce n'est pas pour lui ! Plus tard, ce sont trois Fous bruns qui reviennent à la charge, tentant de bouffer l'hameçon ! Comme ils n'ont pas l'air de comprendre le problème, je décide de remonter la ligne. Mais elle est longue. Et sur le temps que je ne la remonte, un de ces trois idiots parvient à se prendre dedans ! Je le remonte, pensant qu'il est probablement mort noyé. Pas du tout ! Tout à coup, il parvient à se décrocher et à reprendre son envol ! Stupide bête (mais manifestement solide) ! Je termine de remonter la ligne. Déjà les îles de Dog Island et de Prickly Island sont loin derrière... Bientôt la terre n'est plus en vue... A l'inverse des deux bateaux que j'ai dépassé après quelques heures... Le soir tombe. Tout va bien, la mer est calme, la visibilité bonne. C'est parti ! Seul sur les flots bleus... Aucune appréhension, tout va bien. J'essaie de bricoler un pilote automatique maison, vu que j'ai l'impression que les batteries ne rechargent pas sur les panneaux solaires, et que je n'ai pas du tout envie de devoir mettre le moteur tout le temps ! En plus, je lis Moitessier, un type qui construirait un bateau performant à partir de quelques planches trouvées dans un coin... Donc, un bout de corde, un bout d'élastique, et voilà un pilote automatique maison. Malheureusement, il a ses faiblesses, et le vrai, l'électronique, est quand même bien meilleur ! Je dois abandonner mon idée, pour l'instant du moins ! Très beau coucher de soleil, j'en ai presque envie de pleurer, tellement c'est beau ! Vers 23h00, je dors, quand tout à coup: empannage. Je monte sur le pont en catastrophe: un grain s'est levé, il pleut à verse.... Une pluie bien froide qui ne donne pas envie de rester dehors. Je remet tout en ordre, et rentre me recoucher. Deux heures plus tard, même topo ! Super ! On ne peut pas dormir tranquille, non ? Le lendemain, plus un bateau ni une terre ni un oiseau à voir. Rien, à part de l'eau et des poissons volants. Mais vers 6h00, il commence à pleuvoir. C'est parti pour toute la journée. Je me terre à l'intérieur. Très démoralisant. Je commence à lire un peu tout ce que je trouve (heureusement qu'il y a des tonnes de bouquins sur le bateau et que j'en ai apporté moi-même). Je fais le point à 12h00. Le reste du temps, je lis, je dors, je range un peu le bateau, je jette des regards tristes dehors, avec des yeux de chien battu. Il pleut jusqu'à 18h00. Je n'ai rien pêché. En chipotant sur le bateau, j'ai remarqué que la VHF ne fonctionne pas... Bon, pour l'instant, c'est pas grave, on verra plus tard... Plus tard... Tout est remis à plus tard... Je me 'tropicalise' déjà !!! Dodo, je me réveille toutes les deux heures pour observer les nombreux bateaux que je croise. Quelle foule ici... Peut-être, maintenant que j'y pense, que la VHF pourrait aider un peu à éviter un problème... Le lendemain, à 6 heures, il fait déjà bien meilleur ! Vers 7h00, le soleil commence à montrer le bout de son nez. Comme un poisson volant a atterri dans la poêle qui est sur le pont, cela doit être un signe de Neptune: je sors la ligne. Je me prépare, range, termine de manger ce que je n'ai pas avalé hier (riz sauce tomate), me brosse les dents (captivant non ?). Ensuite, une vie monotone s'installe: le pilote barre tout seul, le bateau avance tout seul, les voiles sont bien réglées, tout fonctionne bien sans moi. Je lis (Moitessier, toujours de circonstance; les QoS dans les WANs, on s'amuse comme on peut...). Je grignote. La VHF ne fonctionne plus, le bateau prend l'eau (mais je ne sais toujours pas par où), les panneaux solaires ne rechargent plus les batteries, le bimini fait un boucan infernal: mais qu'allais-je faire dans cette galère ? Au moins maintenant il fait beau ! Je tape un peu sur le PC, histoire de ne pas tout oublier trop vite... Le temps passe lentement... Les heures succèdent aux heures, et les jours aux jours. Pas grand chose à faire, le bateau avance très bien tout seul. Une nuit, c'est la panne de vent. Il faut commencer à faire des manoeuvres. Pourquoi de nuit ? Et pourquoi justement la nuit la plus noire où l'on ne voit rien ??? Eole, mon ami, tu es cruel ! Je mange du riz, sauce tomate d'abord, puis aux oeufs, vu que ma sauce tomate a pourri complètement en deux jours ! Je commence à penser que l'eau du bateau est de l'eau douce, qui s'échappe des vaches, et pas de l'eau de mer qui entre ! Je vais quand même finir par devoir la goûter, histoire d'en avoir le coeur net ! Beurk ! Je râle, car le vent tombe, et la moyenne aussi ! J'espérais arriver aux Bermudes dans 2 jours et, si cela continue sur le même rythme, il m'en faudra 4 ! Mais où est donc parti le beau vent qui me poussait plein pot au départ ? Parfois un oiseau, de type Puffin (c'est d'ailleurs un Puffin majeur, Puffinus Gravis), toujours les mêmes d'ailleurs ! Ceux-là n'ont pas peur de la haute mer ! Incroyablement gracieux, ils planent au dessus des vagues sans donner le moindre coup d'aile ! Très fort les bestiaux ! A l'occasion, ils se posent habilement entre deux vagues, et flottent sans problème ! Ce qui explique qu'on puisse les voir aussi loin des côtes ! La pluie tombe sans fin. Le ciel est gris et triste. Je me demande si je ne réessayerais pas la pêche avec la ligne de JB. Surtout qu'elle m'a l'air plus grosse que celle qui m'a été arrachée. Je mets la ligne à l'eau. Peu de vent, donc vitesse réduite. A cela, il faut ajouter le fait que le leurre est beaucoup plus lourd ! Il s'enfonce donc un peu plus que son prédécesseur. Par contre, des noeuds se font (encore, quelle poisse le Nylon) dans le fil. L'hameçon n'est qu'à un ou deux mètres du bateau. Je me dis que je peux le laisser là, on ne sait jamais. Je rentre, vu qu'il pleut, pour changer ! Je me terre à l'intérieur, je lis un peu. J'ai fini Moitessier. Je chipote. Tout à coup, je jette un coup d'oeil à la ligne... Miracle, il y a quelqu'un ! Fantastique ! Je remonte ma proie (qui n'a pas hésité à se prendre le leurre à côté du bateau) et essaie de l'identifier. D'après les bouquins dont je dispose et mes très faibles connaissances sur le sujet, c'est une dorade ! Donc, bon (très bon même) à manger. J'ouvre, je nettoie le plus proprement possible (je n'ai jamais fait cela, tous les poissonniers du monde auraient rigolé), et je me découpe un filet. Je redescend me le faire cuire (seulement un petit bout, histoire de voir que je ne me fais pas une intoxication alimentaire) et déguste ! Il est excellent ! Et en plus, aucun problème gastrique ou stomacal ! Je le terminerai ce soir. Les pâtes moyennes que je lorgnait sont rangées vite fait bien fait dans leur tiroir ! Pourquoi est-ce que cela a marché aujourd'hui et pas plus tôt ? D'après ce que j'ai lu dans un bouquin sur la pèche (offert par Nath et Benja à Edouard, le monde est petit n'est-ce pas ?), il devrait y avoir deux raisons: d'une part l'appât n'était pas assez enfoncé dans l'eau (pas assez lesté), et d'autre part j'allais trop vite ! En tout cas, ce coup-ci, cela a été bingo ! J'attends impatiemment la suivante ! Par contre, niveau météo, cela reste triste: peu ou pas de vent, et pluie, pluie, pluie, ciel gris. J'hésite à mettre le moteur, mes réserves de diesel ne sont pas illimitées ! Le soir, super souper: poisson frais, citron vert et riz ! Miam ! Je mange à en éclater ! La nuit s'approche. Toujours peu de vent. Je vais faire dodo vers 19h00, quand le soleil se couche ! Tout à coup, je me réveille en catastrophe: le bateau a empanné (encore une fois) ! Je monte sur le pont: une pluie froide et dure tombe ! Quel bonheur ! Pas possible de rester dehors dans ces conditions. Je redescend dans la cabine, j'enfile le ciré d'Edouard (très bon ciré d'ailleurs) et remonte. Le vent s'est levé. Un bon vieux grain. Super ! Cela ne peut pas se passer pendant la journée non ??? A la lueur de ma lampe frontale, je vois une drisse qui se balade, pendant mollement du haut du mât ! Je vais la chercher (je ne sais pas encore laquelle c'est) et la rattache au mât... Ensuite, autre empannage. Le vent tombe. C'est bon, je vais mettre le moteur. Je ramène la bomme au centre du bateau. Secouée par le vent, elle tape sur la capote et le bimini, menaçant de tout arracher. Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Tout à coup, la lumière se fait dans mon esprit trempé: la drisse baladeuse, c'est la balancine (qui retient la bomme vers le haut). Pas de problème, me dis-je, je vais la remettre à sa place, et tout rentrera dans l'ordre ! Je l'attrape pour constater, ô surprise suprême, qu'elle est maintenant coincée dans le réflecteur radar ! Misère. Je jure, je pousse, je tire, je tape et je peste, mais rien n'y fait, elle est bloquée au dessus du premier étage de barre de flèches ! Il faut monter dans le mât... J'essaie d'abord à mains nues... Pas possible: tout est trempé, glissant, les haubans métalliques me coupent les mains... Il y a un harnais. Je l'enfile ! Maintenant, j'essaie d'utiliser une autre drisse pour monter dans le mât, en m'auto-tractant vers le haut... Bref, pas possible. Une demie-heure sous la douche d'enfer pour rien ! Tant pis, je devrais attendre d'arriver quelque part pour demander de l'aide (qu'on me winche dans le mât) à une bonne âme. Je constate que la bomme, secouée par les rafales, à fait exploser la tirette du bimini... On verra demain si je peux faire quelque chose arranger cela... Quand il fera sec et qu'il y aura de la lumière du jour ! Je rentre. Après une petite demie heure, le vent a tourné, la houle a disparu (ca c'est étonnant) et je peux repartir sous voile. Il est cinq heures du matin, je n'ai presque pas dormi. Dodo. Je me réveille à sept heures, deux heures d'un court sommeil réparateur. Il fait nettement meilleur, une petite brise tranquille souffle gentiment ! Super. Je vais récupérer la balancine, qui s'est décrochée toute seule (c'est le comble !) et la rattache à la bomme ! Je rajuste la tirette du bimini, rien de grave... et je dis bonjour aux puffins et à un magnifique Paille-en-queue (parfois appelé Phaéton, c'est un Phaéton à bec jaune, Phaéton Lepturus) qui vient, curieux, voir ce que je fabrique ! La journée commence bien ! Au moins, il ne pleut plus ! La houle vient maintenant du Sud, alors qu'avant elle venait de l'Est. Parfois aussi, un océanite isolé (mais pas formellement identifié). Lecture. Peu de vent, c'est désolant... Un peu de moteur pour avancer quand même, mais prudence sur les réserves de diesel ! Je tape un peu sur le PC. Ce qui m'énerve, c'est que je suis en retard sur mon planning, et que je ne peux pas prévenir Barbara, qui doit s'inquiéter... J'allume mon GSM, qui n'accroche, naturellement, aucun réseau... Une journée monotone. Je dors bien. A 5 heures, je me réveille, presque pas de vent. J'essaie de me recoucher. A 5h30, plus de vent. Je démarre le moteur ! Toute la journée, il fera calme, très très calme. Pas de vent. La panne totale. Le calme plat ! Je lis. J'ai la visite des Puffins, d'un Phaéton à bec jaune, et même de deux dauphins, pendant un instant. Superbes d'aisance et de facilité, ils glissent dans l'eau sans effort, mais n'ont pas l'air de vouloir s'attarder dans mon secteur pour l'instant... Dommage... Le ciel se dégage, plein soleil ! Il ne manque qu'une seule chose: le vent ! Il y a même un magnifique arc en ciel derrière moi ! C'est beau, comme "l'espace bleu entre les nuages" !!! Il y a des moments où l'on voudrait être peintre ! Plus loin, nouvelle surprise: le brouillard ! On se croirait au Groenland (à part la température !)... C'est dingue ! Peut-être que ce brouillard à participer à la fameuse réputation de naufrageur du célèbre 'triangle des Bermudes' ! En utilisant la 'technique Edouard' (tu démontes, tu comprends comment cela marche et tu remontes), je parviens au moins à réparer la VHF, ce qui me permettra au moins de communiquer un peu une fois arrivé aux Bermudes ! J'essaie encore de réparer le guindeau, mais sans succès, il faut bien le reconnaître... Je décide de postposer cette tâche jusqu'à mon arrivée à terre, j'aurai peut-être plus de chance alors... Plus tard, je parviens à attraper une étrange méduse, avec un flotteur, que je remonte à bord pour la filmer et la photographier à mon aise. Plus tard, j'apprendrai que ce genre de méduse est très toxique, et que leurs filaments, qui peuvent être très lent, peuvent infliger de douloureuses brûlures ! Je vais nager un peu. Deux thons curieux viennent voir... Ce sont des thons ? Pas des requins ? Rien de dangereux ni de méchant ? OK ! Par pure amitié, je sors la ligne. La journée n'en finit pas au moteur... Les thons sont partis sans se préoccuper de la ligne, pas sympa quand même ! Ce qui m'ennuie, c'est que je vais arriver de nuit... Et que je me vois mal me lancer au milieu de la caillasse avec la seule carte grande échelle que j'ai ! Ou bien je demanderai de l'aide (maintenant que la VHF est réparée), où bien ce sera TRES bien balisé, ou bien... j'attendrai dehors, que le soleil veuille bien se lever.... Finalement, j'ai choisi d'attendre en mer, par une nuit calme, un manque total de vent... Après tout, durant la nuit, il voudra peut-être bien se lever... Mais il n'en est rien... Environ 1.5 noeud de moyenne durant la nuit... Soit grosso modo rien... Durant la nuit, j'aperçois le phare de Gibbs Hill, à une vingtaine de milles, qui m'envoie son éclat toutes les 10 secondes. Le lendemain matin, lundi 2 juin, re-moteur, et arrivée aux Bermudes... Enfin... Finalement, je vois la terre ! Je contacte Barbara (qui n'était pas du tout inquiète, tout va bien) puis les gardes - côtes, puis rentre dans le chenal, fait les premières manoeuvres un peu sérieuses seul dans un port, puis les formalités d'entrée aux Bermudes, puis re-fuelling du bateau, pour finalement jeter l'ancre dans le port de St George. J'aurai mis 8 jours au lieu de 6, à cause d'un manque cruel, total et absolu, de vent ! C'est aussi cela la voile ! Je vais à terre, pour découvrir que les Bermudes sont bien plus riches, culturellement parlant, que ce que je pensais... Et bien plus chères, monétairement parlant, aussi ! |